Les Chleus reviennent en force : Die Welle - La Vague de Denis Gansel.

Publié le par Ignatus

Cela fait quelques années que l'Allemagne accepte de discuter à nouveau de ses vieilles peurs enfouies : Le totalitarisme et le spectre de l'émergence d'une nouvelle dictature. La nouvelles génération est certainement fatiguée de porter sur ses épaules le mal qu'ont fait leurs ancêtres et cherche à exprimer des points de vues sur l'holaucauste et la dictature, chose impensable il ya de cela 10 ans. L'humour en revanche est encore totalement exclus ou extrêmement mal perçu.


En effet, je me rappelle des deux films de Oliver Hirschbiegel, Das Experiment (L'expérience) et Der Untergang (La Chute) ainsi que dans Dead Snow, une série B horrifique très drôle et même parfois assez intelligente. La Chute racontait les derniers instant de la vie d'Adolf Hitler dans son bunker Berlinois. Le film fit polémique non parcequ'il prenait le partie d'une esthétique froide, détachée - même si ce procédé très judicieux appuie le discours de l'auteur - et sans pathos mais parcequ'il montrait Hitler comme un homme et non comme un monstre. Un homme psychotique évidement mais pas comme un extra terrestre venu sur terre pour la détruire. Avec bien entendu le discours sous jacent que nous avons tous ce mal en nous qui ne demande qu'à sortir, la société étant là pour la contenir (tu parles). Discours tout à fait inacceptable pour la majeure partie du public. Mais qui peut juger et savoir comment nous réagirions devant des situations extrêmes ?

Lorsque j'imagine que je serais forcément du côté de la résistanceen temps de guerre, je me remémore toujours les événements de la guerre civile et ethnique du Rwanda.


L'expérience et La Vague ont ceci en commun qu'ils partent d'une situation ludique et encadrée. Dans le premier, une sorte de réality show où des personnes civiles acceptent des rôles au sein d'une prison fabriquée de toute pièce pour l'occasion. Il y a les prisonniers et les gardiens. Dans le second, l'action se passe dans une classe d'école. Pendant une semaine, les professeurs immergent des jeunes élèves autour d'une problématique, ici, la thématique est l'Autocratie. Die welle s'inspire d'une expérience réalisée par Ron Jones, professeur d'histoire en Californie pour démontrer à ses élèves comment un régime totalitaire pouvait se mettre en place et à quel point l'appartenance à un groupe se révélait grisante.

Les deux films ont le même but et passent par le même procédé pour donner des conclusion sur l'homme qui sont les mêmes : vous, moi, nous plongés dans certaines circonstances pourrions avoir des comportements que personne n'aurait soupçonné.

Elle est une notion assez complexe mais pour résumer, le mot autocratie a été introduit par les écrivains politiques pour désigner un pouvoir politique prétendant ne relever que de lui-même, ne tenant aucun compte des lois, ne reconnaissant aucune limite humaine à son autorité ni la suprématie d'une autre autorité sur la sienne.


Quand apparaît-elle ?


Lorsque le pays est submergé par le chômage, le désenchantement politique de la population, la pauvreté, l'inflation, la crise économique etc. Autant dire, tout à fait ce que nous vivons en ces temps et même si la situation géopolitique n'est pas la même que pendant la crise de 1929, on ne peut que constater la montée en Europe des extremistes radicaux et le recul de la gauche qui temporisait quelque peu l'extremisme. Il suffit de regarder les chiffres que font les radicaux d'extrême droite aux éléctions. La somme de tous ces faits ont favorisés en d'autres temps la mise en place de régime autocratique ou (étendons la problématique) de dictatures.


A force de discussions, dans la classe de cours, et de part la problématique proposée, ils en viennent à la conclusion qu'il leur faut un leader. C'est tout naturellement que le professeur du cours est nommé par vote comme le chef suprême auxquels les élèvres devront obeir. Sa première mesure sera de demander aux élèves de l'appeler "Her Wenger" – alors que d'habitude les élèves le tutoyait – .


Puis, ils décident de trouver un nom, un logo et un uniforme. Die Welle, La Vague est votée par les élèves. Cette idée vient d'un élève faisant partie de l'équipe de water-polo dont Her Wenger est le coach nous rappelant l'importance du sport dans les régimes totalitaires comme étandard populaire de la puissance sur les autres pays. Le logo sera donc une vague et les uniformes un simple T-shirt blanc et un jean. Vint ensuite l'envie de trouver un signe de la main reconnaissable entre tous les membres de La Vague les différenciant des autres.

Evidemment, au départ, les élèves pensent qu'un régime totalitaire ne pourrait plus emerger aujourd'hui. Et ce professeur en définitive tente de leur démontrer le contraire. Les élèves s'amusent à respecter les règles, le professeur aussi s'amuse à les discipliner. Mais "le bouffon de service" qui n'a pas vraiment d'amis et dont les parents le néglige va prendre l'affaire plus au sérieux que les autres. Pour une fois, il trouve des gens qui l'écoutent. Il trouve une fonction à son existence et une nouvelle famille soudée qui l'épaule. Her Wenger appuie l'idée qu'à plusieurs, on est plus fort.  Il mélange par exemple les élèves bons et moins bons  pour démontrer que l'entraide rends le groupe cohérent, mais bien sur, toujours autour d'un seul personnage charismatique.

Plus les jours passent, plus les élèves prennent l'expérience au serieux et commencent à faire connaître cette sorte de societé secrète à la société en bafouant les lois et en prenant donc des risques. L'expérience dérape peu à peu et certains élèves commencent à avoir peur - mais comme dans toutes societé où tu as "signé" un pacte - en sortir veut dire être rejetter du groupe.


Je ne vais pas plus loin dans la description du film pour ne pas gâcher le plaisir de la dernière demi-heure où la tension monte jusqu'à un point de paroxysme assez terrifiant.


Malgré une forme parfois un peu maladroite - un peu clipesque - pour certaine partie du film, d'autres parties sont en revanche très bien mise en scène et certains plans glacent le sang à l'image de ce plan ou le professeur réunit tout ses élèves dans un salle. La caméra en steadycam filme le professeur crâne rasé de dos en travelling avant, le plan est assez large, on voit les élèves en face de lui tout de blancs vétus, assis et discipliné. Un plan effrayant tant il nous remémore le pouvoir que peu susciter un seul homme sur des masses.

Le réalisateur ira jusqu'au bout de son idée et n'épargnera pas le spectateur par une sensibilité déplacée. Vous risquez d'être surpris.

 

 

Article écrit par Maître Gonzo

 



Publié dans CINOCHE

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