WAR 2: The Fog Of War : 11 lessons of the life of Robert Strange Mc Namara

Publié le par Ignatus

Un documentaire d'Errol Morris. Errol Morris recherche à nouveau une définition du mot "verité" en interviewant Robert Strange Mc Namara ancien secrétaire à la Défense sous Kennedy et Johnson. A vrai dire, non, il nous démontre plutôt qu'il n'y a pas de définition possible de la verité. Je choisirais cette fois ci de vous donner envie de voir ce documentaire - très difficile à trouver - uniquement par quelques passages retranscrits.

 



"Tout commandant militaire qui est honnête avec lui même admettra qu'il a commis des erreurs dans l'application du pouvoir militaire. Il à tué des gens, militaires ou civiles à cause de fautes, d'erreurs de jugmement. Cent, mille, peut être même cent mille. Mais il n'a pas détruit de nations.

La sagesse : ne pas commettre la même erreur deux fois. Mais il n'y a pas de période d'apprentissage avec le nucléaire. Une seule erreur, et vous détruirez des nations."


Leçon 1: se mettre à la place de l'ennemi.

 



"On doit essayer de se mettre dans leur peau et de se voir avec leur yeux pour comprendre les pensées qui se cachent derrière leurs décisions et leurs actes."


"Dans la crise de missiles de Cuba je crois que finalement on s'est bien mis dans la peau des Soviétiques.

Pour ce qui est du Viêtnam, on ne les connaissait pas assez pour ça. Et le résultat a été un malentendu complet.

Ils pensaient qu'on avait juste remplacé les Français comme pouvoir colonial et qu'on cherchait à soumettre le Sud et le Nord-Viêtnam à nos propres intérêts coloniaux ce qui était complètement absurde. Et on ne voyait le Viêtnam que comme un élément de la Guerre Froide. Pas vraiment ce qu'eux voyaient : une guerre civile.


Il y a peu d'exemples où 2 anciens ennemis se retrouvent ensemble au plus haut niveau pour discuter de ce qui aurait pu arriver. Mon hypothèse était que chacun de nous aurait pu atteindre ses objectifs sans ces morts terribles. Et je voulais la tester en allant au Viêtnam discuter avec cet homme.

L'ancien Ministre des Affaires Étrangères du Viêtnam un homme merveilleux, M. Thoch, a dit :

"Vous avez complètement tort.

On se battait pour notre indépendance.

Vous vous battiez pour faire de nous vos esclaves !"


On en est presque venus aux mains. Il était midi, le premier jour.


Mr Mc Namara a Mr Tosh: "Ce n'était pas une tragédie la mort de 3 400 000 Vietnamiens ? Ce qui, à notre échelle, équivaudrait à 27 millions d'Américains ? Qu'y avez-vous gagné ? Rien de plus que ce qu'on vous aurait donné au début de la guerre. Vous auriez pu tout y gagner : l'indépendance, l'unification."


Mr Thoch :"M. McNamara, vous n'avez jamais lu de livre d'histoire sinon, vous sauriez que nous n'étions pas les pions des Chinois ou des Russes. Vous ne savez pas ça ? Vous ne comprenez pas que ça fait 1 000 ans qu'on se bat contre les Chinois ?

Nous nous battions pour notre indépendance. Et on se serait battus jusqu'au dernier. On était déterminés.Ni les bombes ni les pressions américaines ne nous auraient arrêtés."


 

Leçons n°2 : La raison ne nous sauvera pas.

 

 

 



"Je veux mentionner ceci qui est très important : finalement on a eu du pot. C'est la chance qui a empêché la guerre nucléaire. On a frolé la guerre de très près.

Individus rationnels : Kennedy était rationnel, Kroutchev était rationnel, Castro était rationnel. Des gens rationnels ont frôlé la destruction totale de leur société. Et ce danger existe aujourd'hui."

"Guerre froide ? Merde, c'était une guerre chaude:"

"La leçon principale de la crise des missiles cubaine est ceci : la combinaison de la faillibilité humaine et des armes nucléaires détruira des nations."


Leçon n°4: Maximiser l'eficacité.

 



"Le May focalisait sur une chose, la destruction des cibles. Cette nuit là, nous avons tué 100 000 Japonais à Tokyo, hommes, femmes, enfants.

Voix off : Saviez vous ce qui allait se passer ?

Eh bien, je faisais partie d'un mécanisme qui dans un certain sens le recommandait. J'annalysais les opérations de bombardement et comment les rendre plus efficaces. C'est à dire pas dans le sens de tuer mais d'affaiblir l'adversaire. J'ai écrit un rapport analysant l'efficacité des opérations des B-29. Ils pouvaient aller au-dessus des avions de chasse et des défenses aériennes, donc, le taux de perte serait inférieur. Le problème était que la précision aussi était inférieure. Je ne veux pas suggérer que c'est mon rapport qui a mené aux bombes incendiaires. Ce n'est pas que j'essaie de m'absoudre du blâme. Je ne veux pas suggérer que c'est moi qui ai mis dans la tête de LeMay que ses opérations étaient totalement inefficaces...et devaient être radicalement changées. Mais finalement, c'est ce qu'il a fait. Il a ramené les B-29 à 5 000 pieds et a décidé de bombarder avec des bombes incendiaires.

130 kilomètres de Tokyo étaient brûlés. Tokyo était une ville en bois. Et quand il à lâché ces bombes incendiaires, tout a brûlé."


Leçon n°5: La proportionalité est de rigueur dans toute guerre.


- Le choix des bombes incendiaires il venait d'où ?

Je crois que la question n'est pas vraiment les bombes incendiaires mais pour mener une guerre, on tue 100 000 personnes en une nuit avec des bombes incendiaires ou autre ?

La réponse de LeMay serait clairement "Oui".

Le May: "McNamara, voulez-vous dire qu'au lieu de tuer, de brûler 100 000 civils japonais on aurait dû en brûler un moins grand nombre, ou aucun ? Et si nos soldats avaient atteint les plages de Tokyo ils auraient été massacrés par milliers. Est-ce là ce que vous proposez ? Est-ce moral ? Est-ce sage ? "

"Pourquoi larguer la bombe nucléaire si LeMay était en train de griller le Japon ?

Et après Tokyo, il a brûlé d'autres villes.

58% de Yokohama qui est à peu près de la taille de Cleveland. 58% de Cleveland détruits.

Tokyo est de la taille de New York. 51% de New York détruits.

99% de l'équivalent de Chattanooga, à Toyama.

40% de l'équivalent de Los Angeles, à Nagoya.

Tout ça s'est passé avant le largage de la bombe nucléaire qui, d'ailleurs a été larguée sous la commande de LeMay.


La proportionnalité devrait être de rigueur dans toute guerre."

[...]


"Le May disait que si nous avions perdu la guerre nous aurions été poursuivis comme criminels de guerre"

"Pourquoi est-ce immoral quand on perd, mais moral quand on gagne ?"

 



Leçon n°11: On ne change pas la nature humaine.


Je ne connais aucun commandant militaire qui soit honnête et qui puisse dire qu'il n'a jamais commis d'erreurs.

Il y a une phrase formidable : "La brume de guerre". (The fog of war)

"La brume de guerre" signifie que la guerre est si complexe qu'aucun esprit humain ne peut comprendre toutes ses variables. Notre jugement, notre compréhension ne sont pas adéquats. Et on tue des gens inutilement.

Wilson a dit : "Nous avons gagné la guerre qui mettra fin aux guerres."

Je ne suis pas naïf et simpliste au point de croire qu'on peut éliminer la guerre. On ne va pas changer la nature humaine de sitôt. C'est pas que nous ne sommes pas rationnels. Nous le sommes. Mais la raison a ses limites.

CE N'EST QUE LE DÉBUT.

Il y a une citation de T.S. Eliot que j'adore :

"Nous ne cesserons pas d'explorer et à la fin de notre exploration nous retournerons là où nous avions commencé et connaîtrons l'endroit pour la première fois."

 


Publié dans CINOCHE

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