Hulk VS Hulk

Publié le par Ignatus


 

 

 

 

Qui gagne ? Et bien Hulk, et haut la main.

 

En quelques années nous avons eu sous les yeux une floppée de films avec comme sujet principal, le super héros avec plus ou moins (moins que plus d'ailleurs) de bonnes surprises.

Et...deux films ont été réalisé sur le géant vert cultivé avec OGM, Hulk. Je me suis donc demandé si le premier Hulk de Ang Lee avait fait un flop et suis donc allé vérifier pour constater que les deux films ont fait des chiffres similaires au box office.

Cinq ans plus tard, les studios demandent au jeune français Louis Leterrier responsable des deux fabuleux films emplis de poésie au contenu assourdissant de justesse, j'ai nommé (ouverture de l'enveloppe) Le Transporteur 2 et Danny The Dog, un Bessonien en bref ( et non, il n'y a pas de fautes de frappe, je n'ai pas écrit Bressonnien. Il est tout de même fou qu'à une lettre près nous sommes soit du côté du grand restaurant fin et exigeant, soit du côté du fast food gras et fourre tout).

 

Pourquoi faire un nouveau Hulk alors ? Comment des producteurs ont ils pu se dire qu'il était possible de faire un nouveau Hulk à cinq ans d'intervalle de l'original et supposer faire des entrées ? Pensent-ils que les gens ont la mémoire courte ? Le matraquage publicitaire ensevelit et neutralise-t-il tellement la perception ? Possible.


Hulk de Ang Lee a fait beaucoup d'entrées, mais ce n'est pas pour cela qu'il eut un succès critique. En effet, il est un film mal aimé et pourtant est selon moi l'un des meilleurs films de superhéros réalisé de surcroit par cet étrange réalisateur caméléon qu'est Ang Lee. Ce drame shakespearien et freudien possède un nombre d'idées à la minute proprement hallucinant, tant du point de vue de la réalisation que du scénario complexe, intelligent et sensible.

Plus je revois ce film, plus je ressens le plaisir et l'amusement du réalisateur derrière la caméra. En effet, le film est truffé d'effets de transition, de split screens et autres manipulations baroques de l'image. Si le film avait été réalisé par quelqu'un d'autres, ces effets seraient considerés comme trop lourds, mais dans ce cas précis nous sommes en face d'une adaptation de bande dessinée et Ang Lee utilise les codes de celle-ci à outrance rendant le film jouissif tant il va jusqu'au bout de son diktat visuel. Il faut voir et apprécier les transitions et leut diversité entre les plans, toujours différentes et justifiées par le scénario ainsi que par la mise en scène.

Ensuite, le design de Hulk est une véritable réussite, entre réalisme (on peut voir les pores de la peau de la bête par exemple) et bande dessinée, le pari est vraiment réussit à l'instar du design de la bête très bète de Leterrier qui est ce qu'attends le spectateur, c'est à dire un réalisme castrateur, sans interêt ni surprise ni prise de risque. Il crée une bête pour blockbuster pendant que Ang Lee crée une bestiole pour film d'auteur poétique et sensible.

 



L'histoire:


Hulk d'Ang Lee est à la recherche de ses origines, ce bâtard (au sens propre) veut comprendre, mais en même temps refoule ses souvenirs. Il recherche constamment le père et la mère dans ses rencontres. Le design de la bête appuie cette état provoquant une empathie immédiate.


Bruce Banner est un scientifique et par une mauvaise manipulation, il est touché par des rayons gamma mais ne meurt pas, au contraire, il se régénère et guerit formidablement vite.

A partir de ce moment là, des cauchemars incessants viennent le troubler, l'ombre de son père David Banner (Nick Nolte) flotte et devient de plus en plus présente. Vint la transformation, et Ang Lee nous présente un Hulk enervé certe, mais perdu comme un enfant qui ne comprends pas ce qui lui arrive. Et cet énèrvement qui à priori est ponctuel et lié à un événement présent ne l'est en réalité pas une seule seconde. Cette rage est inscrite en lui venant des tréfonds de son passé, dans sa petite enfance refoulée et pose des questions universelles et capitales comme : Avons nous réellement un libre arbitre ?

Ou :

Notre condition est elle déjà inscrite crée par des névroses venant de l'enfance mais aussi de la vie de nos parents ? (vie qui a forcément déteinte sur nous par l'éducation offerte, par l'inaptitude de nos parents à parler de leurs secrets ayant comme conséquence directe de créer des nevroses chez l'enfant qui ne lui appartiennent pas mais s'inscrivant malgré tout génétiquement).

Ang Lee fait l'analyse psychanalytique de son héros et nous apportent des réponses dans une poésie rare à l'écran.

Nous avons tous notre petit Hulk en nous, résultat des frustrations et des incompréhensions du monde dans lequel nous tentons d'y trouver une place. L'exemple le plus simple serait d'imaginer la vie d'un enfant adopté, il ne peut connaître cet espace temps du début de sa vie, créant une frustration. Un enfant ayant ses parents biologiques aura les mêmes soucis psychologiques. C'est à dire des zones d'ombres qui influeront sur son caractère. Mais à la différence de l'enfant adopté il pourra à un moment donné percer ces secrets de famille. Mais Si il n'obtient de réponse satisfaisante, il risque alors de laisser éclater cette rage lié à l'incompréhension de sa condition et peut être se transformer en Hulk...

Hulk fait partie de ses orphelins, il refoule des évenements violents vécus jeune, il sait, mais le souvenirs fut trop traumatisant pour vouloir s'en rappeler.

A l'origine, le Hulk de Stan Lee à été crée à un moment de l'histoire où la bombe atomique était une préoccupation majeure dans le monde. Aujourd'hui, Hulk représente plutôt la charge non acceptée de l'individu et de sa différence. Cet individu à le devoir de contrôler constamment ses émotions dans cette societé qui tente d'uniformiser les hommes pour le bon fonctionnement de celle ci et dans laquelle il est interdit de faire des écarts d'émotions au risque de faire éclater son unité si fragile. Le confort matériel apporté par le capitalisme et l'oublie d'une possibilité de guerre mondiale pousse naturellement le groupe humain à crier son individualisme et ainsi à percer ses propres mystères. Tout le paradoxe de l'apport du capitalisme est en partie ici. Le defi grégaire de la societé se bat contre l'individualisme et le capitalisme est là, adoubé par cette societé alors qu'on pourrais en déduire finalement que le capitalisme est peut être un virus pour l'unité de la societé.

Pour résumer ce paradoxe, la différence est vue comme l'énnemie de l'unité sociétale pourtant soutenue par ce qui fait son fonctionnement même, le capitalisme, capitalisme qui donne droit à l'individualisme.

Hulk est un enfant, et finalement nous le sommes tous, la seule contrainte qui nous pousse à grandir est cette vie en societé bourrée de règles à appliquer.

Hulk, pour avancer et réduire sa rage doit tuer le père, ce père qui lui même a tenté de le détruire, vient un moment dans lavie d'un homme où il doit choisir ce que lui appartient et ce qui ne lui appartient pas dans son éducation et dans ses névroses. Pour Hulk sa rage est double car il veut détruire à la fois le père et son goût pour le pouvoir ainsi que la puissance. Ce père qui lui a enlevée sa mère. Même si Bruce Banner est le premier à dire que cette transformation lui a plu dans un premier temps (évidement , qui ne rêverait pas de tabasser tout ceux qui tentent de vous écraser ou de vous ridiculiser ?), il sait que pour continuer à vivre au sein des vivants et particulièrement au sein de sa petite amie/mère (Jennifer Connely) il doit résoudre les problèmes liés à cette rancoeur.


Ainsi Ang Lee nous offre cette magnifique scène où Hulk se transporte dans l'espace, accroché à un avion de l'armée. Une sorte de suicide conscient. Hulk ne se supporte plus et grimpe jusqu'à voir les étoiles, puis, tétanisé par le froid retombe. Pendant cette chute, une succession de scènes de souvenirs et de rêves semi-éveillés lui reviennet dans lesquelles Bruce se retrouve face à un miroir rempli de buée, il l'enlève avec la main pour se retrouver face à son double hypertrophié, ce double traverse l'autre côté du miroir en lui agrippant le cou et dit "frêle humain". Cette phrase sort en fait de la bouche du créateur de Hulk, son père génétique. Ang Lee affiche ici à la fois son dégoût certain pour l'homme considérant que la part de mal en nous vient du masculin et non du féminin, mais aussi par la même son manicheisme vis à vis des sexes. Mais Ang Lee est un homme, et comme tout homme il est beaucoup plus difficile de tuer la mère plutôt que le père. Celle ci étant la matrice intouchable, toujours bonne, attentionnée et généreuse. Et la seule qui puisse calmer la colère de hulk est sa copine/mère. Plus loin dans le film il fondra d'ailleurs littéralement à la vision de celle-ci, laissant derrière lui une flaque d'eau/placenta redevenant un petit enfant ayant besoin de la protection matriarcale.

 



S'ensuit le duel final en face à face avec le père, Ang Lee change totalement le ton de la réalisation pour tourner la scène de manière totalement théatrale (je vous parlais de Shakespear plus haut), un fond noir, une suiveuse éclatante de blancheur vise les protagonistes.


Le père: Sache une chose, je ne suis pas venu te voir toi. Je suis venu voir mon fils. Mon vrai fils. Celui qui est en toi. Tu n'es qu'une...coquille superficielle, un halo de vague conscience prêt à se déchirer à tout instant. [...] Fiston, j'ai besoin de ta force. Je t'ai donné la vie. Maintenant tu dois me la rendre! Elle ne sera qu'un million de fois plus rayonnante, plus puissante.

Le fils: Arrêtez !

Le père: Arrêtez quoi ? Penses à tous ceux qui sont là dans leur uniformes, aboyant des ordres, les ravalant, imposant leur règles mesquines à la terre entière, pense à tout le mal qu'ils ont fait ! A toi ! A moi ! A l'Humanité ! Rends toi compte, nous pouvons faire en sorte que drapeaux, hymnes et gouvernements disparaissent en un éclair, toi et moi !

Le fils: plutôt mourir.

Le père: C'est ta réponse...oui, tu mourras...et tu seras reincarné en héros, comme ceux qui foulèrent la terre bien avant les mornes religions de la civilisation qui ont souillé l'âme de l'homme.

Le fils: Partez (en criant)

Le père: Cesse de pleurnicher, pauvre petite raclure humaine.


Hulk va alors combattre enfin son père dont le pouvoir est d'absorber des quantités énormes d'énergie.


Le père: Plus tu combats, plus je suis fort.


Hulk se laisse alors aller, mais il est beaucoup trop puissant, bien plus puissant que son père car Bruce aime, c'est cette force supplémentaire qui anéantira le père. Le père n'étant qu'empli d'une soif de vengeance meurt.


Hulk disparaît pour ne plus faire de mal à cet amour impossible mais continuera à oeuvrer pour de noble cause utilisant sa force pour faire le bien...selon lui. Lorsqu'on connaît les vraies raisons de notre mal être, cette puissance devastatrice peu alors - avec du travail - être maîtrisée et utilisée d'une manière disons moins destructrice car les névroses ne disparaissent pas, c'est l'utilisation que l'on en fait a postériori qui change.



Le film n'est pas pour ainsi dire un chef d'oeuvre du cinéma contemporain, néanmoins, pour le genre comics, je ne vois pas d'équivalent en qualité et en surprise à part peut être le "Batman Darknight" de Nolan. La réalisation volontairement chattoyante, cartoon et presque kitch parfois en rebutera plus d'un, mais ceci est une réelle question de goût car ce sont des intentions de réalisations pensées et volontaires. Ces choix sont de mon point de vue des prises de risques, le risque de ne pas plaire à tout le monde, chose rare dans le blockbuster d'hier et encore plus aujourd'hui (quoique en cinéma populaire, 2008 fut une grande année, année américaine bien sûr avec There will be blood, No country for old men etc)

 


Hulk VS Hulk

Qui gagne ? Et bien Hulk, et haut la main.


En effet, il n'y a qu'un seul Hulk qui n'ai jamais été réalisé.


                                                                                                                              Ecrit par Maître Gonzo





 

 

 

 

 

 

 

Publié dans CINOCHE

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